Paul Claudel (1868-1955)

Paul  Claudel trouve a appris de Rimbaud qu’il existe un autre monde dont la richesse n’est pas faite de rapports et de définitions, d’abstraction et de lois: “Ouvrez les yeux, nous invite Claudel, le monde est encore intact, il est vierge comme au premier jour, frais comme le lait!” C’est la poésie qui saura exprimer ce monde inépuisable si nous opérons d’autres liaisons que les relations causales, si nous créons une nouvelle Logique: “L’ancienne avait le syllogisme pour organe, celle-ci a la métaphore, le mot nouveau, l’opération qui résulte de la seule existence conjointe et simultanée de deux choses.” Après la conversion au catholicisme de Claudel en 1886, cette transcription du dessin toujours renouvelé du monde devient le but du théâtre de Claudel aussi bien que de sa poésie comme l’exprime un des personnages de la pièce La Ville interrogeant le poète sur la nature du souffle poétique:

Explique-moi d’où vient ce souffle par ta bouche façonné en mots.

Car, quand tu parles, comme un arbre qui de toute sa feuille

S’émeut dans le silence de Midi, la paix en nous peu à peu succède à la pensée.

Par le moyen de ce chant sans musique et de cette parole sans voix, nous

sommes accordés à la mélodie de ce monde.

Tu n’expliques rien, ô poète, mais toutes choses par toi nous deviennent

explicables.

 

 

F R-K

Brunel, Pierre, Lecherbonnier, Bernard, Moatti, Christiane, Rincé, Dominique. Littérature. Textes et documents. XXe siècle . Paris: Nathan, 1989.

Maulpoix, Jean-Michel. XXe Siècle. Après 1950. Paris: Hatier, 1991.

Paul Claudel, Connaissance du temps, in Art poétique. Mercure de France , 1946, p.26.

Paul Claudel, Connaissance du temps, p. 50.

Paul Claudel, La Ville , deuxième version (1897), dans L’Arbre (1901)